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There’s a Starman Waiting in the Sky.

? Pendant la lecture, profitez de notre playlist spéciale intitulée “David Bowie Est…”.

Il y a un an, nous quittions la maison aux alentours de 8 heures du matin. En allumant notre téléphone, nous recevions un grand nombre de mots et de notifications. “Dites-moi que c’est une blague !” disaient certains de ces messages… Branchés sur RTL nous entendions alors Yves Calvi déclarer : “Vous le savez peut-être, David Bowie est mort ce matin…”. Le sentiment d’une perte incomparable nous envahissait alors. Subjectivement, depuis Michael Jackson ; nous n’avions pas eu l’impression d’assister au départ d’une des plus grandes personnalités de l’Histoire de la musique avec un grand “H”. Toutefois, nous n’avions pas l’impression d’être les seuls à penser cela. Deux jours avant pourtant, sortait son dernier opus Blackstar, le jour de ses 69 ans. Ce chef d’œuvre d’une audace absolue en forme de délire de production Free Jazz nous avait littéralement soufflés. Malgré ses problèmes de santé ; rien ne nous préparait à une telle nouvelle tant les mélodies et les compositions nous semblaient habitées par une certaine idée de la perfection.

Comment résumer fidèlement la vie et la carrière de David Robert Jones, né en 1947 à Londres et qui dès son adolescence commença à s’intéresser à des choses qui ne sont pas forcément évidentes pour son âge ?

Littérature, astronomie, Jazz… David se documente et apprend au fur et à mesure qu’il grandit au sujet de thèmes parfois assez éloignés des préoccupations de ses camarades de classe. Parfois ; il en vient aux mains et une bagarre de plus sera à l’origine de son regard si énigmatique. Facile à dire mais de par ses individualités ; David se distingue donc déjà des autres.

“Lever de Terre” — William Anders — 1968.

The Man Who Sold The World.

David Jones devenu alors David Bowie commence une carrière timidement vers le milieu des années 60 dans un style très Rhythm And Blues/Rock’n’Roll assez rangé. Il tente même une courte apparition dans le monde du mime. Une compétence développée de par son intérêt pour Marcel Marceau qu’il utilisera tout au long de sa carrière. Avec elle ; il créera des personnages formidables d’ailleurs.

Avec un premier album honorable qui sort le 1er juin 1967 — le même jour que Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band par The Beatles alors au sommet de tous les charts et de la création musicale, Ndlr — David Bowie entre officiellement dans le jeu… S’en suivent alors dix années d’une incroyable richesse.

C’est réellement à partir de 1969 que David Bowie commence à se faire un nom en sortant son deuxième album annonçant la couleur pour la suite. De la fin des années soixante au milieu des années soixante-dix il crée autour de lui les bases de sa légende en apparaissant dans des styles toujours plus fous, jouant sur les genres avec des traits androgynes et tuant parfois sur scène ces propres personnages ; balayant d’un coup de patte le passé pour aller vers un tout autre univers. Au cours de cette période donc, il est le principal représentant et quasi inventeur du Glam-Rock à travers la publication d’albums inégalés tels que Hunky Dory (1971) ou bien l’immense The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars (1973) sur lequel nous retrouvons des titres formidables de par leurs mélodies et leurs puissance émotionnelle : “Moonage Daydream”, “Rock ’N’ Roll Suicide”.

 
Pochette de l’album “The Man Who Sold The World” (réédition mondiale) — 1972.
Pochette de l’album “Diamond Dogs” — 1974.

The Boy Keeps Swinging.

La suite est particulièrement incroyable car durant les dix années qui vont suivre et cela serait trop long de s’arrêter sur chaque étape, David Bowie passe de Ziggy à Aladdin Sane puis à Halloween Jack ou bien encore au Thin White Duke. Il aura ensuite une période Soul/Funk dont la qualité des albums ne laissera personne indifférent. Young Americans est un bel exemple de ce style dans lequel Bowie a su s’illustrer avec brio une fois encore, démontrant sa capacité à tout jouer ; tout incarner. Puis il ira du côté de Berlin pour composer une trilogie berlinoise qui est restée dans les annales entre compositions inspirées par le Krautrock et prémix de la musique électronique. Moments pendant lesquels il sortira des pépites comme “Heroes”. Parallèlement, il joue aussi dans des films. Sa carrière au cinéma sera d’ailleurs très crédible.

Affiche de “The Man Who Fell To Earth” de Nicolas Roeg — 1976.

Les années 80 sont aussi l’occasion de comprendre la grandeur de l’artiste. Il est à la fois un homme d’affaires redoutable mais aussi un homme en avance sur son temps comme toujours. Alors, certes : les albums qui sortent à cette période sont moins connus pour leur qualité musicale mais le succès est commercial. Avec Let’s Dance et sa flopée de singles il revient au milieu des eighties avec une sacrée recette : faire des tubes en convoquant des grands noms de ce monde… En somme, il saisit avant tout le monde la force des clips ainsi que celle de s’allier en super-groupes. Nile Rodgers ou bien encore Stevie Ray Vaughan sont parmi les élus. A la suite de cette période, nous pouvons parler d’une fin des années 80 assez tranquille pour l’artiste bien que quelques rééditions aient été mises sur le marché. Avec le groupe Tin Machine, il entre dans les années 90 sur de meilleures bases que depuis Never Let Me Down. Quelques années se passent et Bowie imprime de nouveau sa patte en s’inspirant des genres de l’époque tels que le Rock Industriel. Il travaille aussi avec la musique électronique par exemple. En 1995 sort 1. Outside, concocté avec le producteur et musicien Brian Eno. Cet album complexe et ambitieux, qui “raconte” l’histoire d’un détective sur les traces d’un tueur, est ressenti comme une certaine renaissance de l’artiste par de nombreux fans. Pour la première fois, Bowie, inspiré ; reprend des risques. Le clou du spectacle pour faire simple réside dans l’album Earthling. Un exemple de diversité ; de cartographie musicale du monde de l’époque. Nous y trouvons parfois du Punk voire de la Drum’n’Bass. Un album à réécouter d’urgence pour connaître le Bowie des Nineties.

Viennent enfin les années 2000 avec Heathen (2002) et Reality, un de ses meilleurs albums ; réellement. Pourtant, l’actualité après quelques concerts triomphaux n’est pas incroyablement folle. Il faut dire qu’après seulement de simples rééditions Son retour à la musique a lieu au début de l’année 2013. Le 8 janvier, jour de son 66 ème anniversaire, il annonce à la surprise générale la sortie d’un nouvel album intitulé The Next Day, le premier depuis dix ans.

Mario Testino — David Bowie, “V Magazine”, New York — 2002.

Dancing Out In Space.

Et après ?

Depuis qu’il avait appris qu’il était atteint du cancer, la vie de Bowie n’était évidemment plus la même. C’est début 2015 en se confiant à son ami et producteur Tony Visconti que les choses ont véritablement changé. Il fallait tant bien que mal parler de façon positive de l’album à venir. Les circonstances de l’enregistrement allaient donc totalement changer. Devant rester secret ; le travail qui allait commencer autour du disque devait donc se faire avec un nouveau paramètre et non des moindres… Travailler dans la maladie. Pourtant ; David Bowie comme tous les membres du groupe présents en studio semblaient formidablement habités par une envie de travailler et de faire du mieux possible pour enregistrer les compositions de l’artiste. Bowie savait pertinemment ce qu’il faisait et comment il voulait y arriver d’après son producteur. Il raconte : “Il avait toujours des étoiles et des paillettes dans les yeux, et lorsqu’il se trouvait derrière le microphone il bougeait comme s’il se trouvait devant le public du stade de Wembley”. Jusqu’en juin, il semblait garder cette énergie et cette force. Puis, il revint en novembre 2015 pour travailler sur l’album avec de nouveaux textes… Selon les dires de son producteur ; une fois encore, il savait que cet album allait être le dernier et qu’il souhaitait mettre de forts messages dans ses titres comme nous pouvons l’entendre dans “Lazarus”, “Dollar Days” et “Tis A Pity She Was A Whore”.

David Bowie en 2015.

À cet instant, une forme de grande responsabilité montait alors dans l’esprit des musiciens présents en studio pour faire de cet album le meilleur qui soit. David Bowie semblait pourtant toujours plus faible et toujours plus conscient que la fin était proche plus l’année avançait. En résulte un album noir et lumineux à la fois. Voici d’ailleurs ce que Carl Kieser ; un de nos principaux collaborateurs en disait dans ce “Top 50 des albums de 2016” :

“Blackstar résume autant la vie et la mort de l’artiste en passant d’une émotion à l’autre le tout habillé par un délire de production Free-Jazz mettant à mal tout le travail de la concurrence. Non pas qu’elle soit mauvaise mais qu’elle n’aurait jamais pu rivaliser avec l’audace réfléchie de la musique de David Jones sur cet opus. Nous pensons évidemment aussi à l’influence de ses propres albums comme Hunky Dory, Let’s Dance… Sur Blackstar ; des bribes de ces époques traversent les titres composés avec une maîtrise parfaite des harmonies et des arrangements. La métaphore du dernier voyage est plus que jamais omniprésente ; construite à travers des moments ironiques, romantiques et tristes. Une oeuvre majeure sans aucun doute qui aura tout au long de l’année et au fil des écoutes continuer à nous donner envie de célébrer la musique de David Bowie ; une musique qui dans Blackstar à travers les titres “Blackstar” (morceau-titre), “Lazarus”, “Girl Loves Me” ou “Dollar Days” vous permettra d’approcher au plus près de l’âme de Bowie et de découvrir qui il était vraiment”.

En définitive ; David Bowie a donc toujours démontré qu’il était très en avance sur son temps. Il était un musicien unique ; son talent d’écriture était extrêmement puissant. Il savait s’ouvrir à tous les styles en gardant sa signature et en gardant la liberté dans ses choix artistiques. Il ne s’est jamais empêché de faire ce qu’il voulait et il a toujours eu la chance de pouvoir faire ainsi. Sa grande éducation musicale qu’il s’est constituée seul et parfois à l’encontre des goûts des autres lui a permis d’être autre chose qu’un simple rocker même s’il a marqué ce genre de son empreinte à jamais en inventant plusieurs genres tels que le Glam-Rock dont il a été l’incarnation physique et mélodique avant tout le monde. Il aimait autant Little Richard que Gerry Mulligan. Il pouvait s’inspirer de choses contemporaines comme de choses de l’ancien temps en insufflant à ces éléments une patine et un tour de main d’orfèvre ne gardant que le meilleur pour le réinventer. Lorsqu’il ne partait rien ; c’était encore mieux… Le néant, le vide et l’espace sont donc les terrains connus de l’Homme.

Jusqu’au bout ; il était partant et prêt à écrire de nouvelles chansons comme s’il avait eu l’impression qu’il aurait eu plus de temps devant lui pour retourner en studio. Cela nous a traversé l’esprit à la vitesse de la lumière tant Blackstar est habité par une qualité d’écriture d’un jeune musicien plein d’entrain et dont les idées semblent n’avoir aucune limite. Il laisse donc ce vide énorme dont nous parlions dans l’article. Un vide que nous pourrions qualifier d’intersidéral tant David Bowie était et reste un artiste interplanétaire fasciné par l’espace : un thème que nous retrouvons dans plusieurs de ses œuvres : “Space Oddity”, le film “The Man Who Fell To Earth” ou bien encore “Hello Spaceboy”. Il faudrait de longues heures pour tout redécouvrir. Une constellation porte d’ailleurs son nom en hommage.

Étais-tu totalement humain Bowie ? Bien sûr que oui ; mais quelque chose laisse à penser que quelque chose en toi semblait venir de loin ; comme une comète qui aurait traversé l’atmosphère le temps d’une vie. Et quelle vie.

Nous t’aimons David. Merci pour tout, merci pour ta musique. À bientôt sur RefrainS.

Merci à Laura Hiribarrondo sans qui cet article n’aurait pas existé.

C.

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