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Son Pays c’est (Toujours) l’Amour.

Le 51ème album de Johnny Hallyday sort ce vendredi. Mon Pays c’est l’Amour (Warner) est un disque qui paraît “à blanc” ; c’est-à-dire, sans l’appui habituel d’un single promotionnel. C’est un fait rarissime. Près d’un an après le décès du rocker en décembre 2017, son âme est toujours bien présente et ce nouvel opus très vivant, rajeunissant même est un très bon album de Rock. Les 11 titres assemblés notamment par Maxim Nucci (Yodelice) forment un ensemble à la solidité remarquable.

La liste des chansons présentes sur l’album.

Difficile de ne pas tomber dans le piège de la règle quasiment évidente qui dit que dans certains cas et selon une certaine logique bizarre mais somme toute humaine : tout homme mort est apprécié au centuple… Difficile aussi de garder une certaine neutralité et de faire abstraction de ses propres émotions pour l’homme, le musicien qu’était Johnny. Il est également peu aisé en cette période de prendre du recul quant à la qualité de ce disque. Mis à part quelques individus qui ne semblent pas avoir écouté le même album que nous (VSD, Le Nouvel Observateur), la majorité des observateurs sont unanimes sur un point : c’est un bon cru.

Le disque commence par “J’en Parlerai au Diable”. Titre qui fera sûrement beaucoup parler justement puisque sans pour autant sonner comme un testament ou un adieu, Johnny règle ses comptes, tire un bilan de sa vie. Paradoxalement, il faut noter à quel point sa voix n’a pas bougé et c’est même à se demander si la maladie était déjà présente lors des sessions d’enregistrement de la piste. Le deuxième titre qui est aussi le choix de titre définitif pour l’album est un de ces morceaux comme certains de ceux qui auraient pu sortir sur le label Stax au milieu des années 60. “Mon Pays c’est l’Amour” est une pépite brillante dont les reflets réfléchissent au son d’une section cuivres débridée. Le troisième titre intitulé “Made In Rock’n’Roll” est à coup sûr un des meilleurs morceaux de ce disque posthume. Rappelons qu’il l’est. Johnny remplit l’espace. Nous sommes avec lui, en studio. Il chante devant nous… Le titre est une reprise du démentiel “Let The Good Times Roll” de JD McPherson. L’énergie est communicative. Back in the sixties my friends!

Johnny à ses débuts…

Mon Pays c’est l’Amour a failli s’appeler Made In Rock’n’Roll. Johnny était né pour le Rock et s’est construit à travers lui. Il avait même tendance depuis quelques années à retrouver sa jeunesse. Le disque est parsemé de clins d’œil à ses idoles. Elvis Presley ou bien encore Little Richard ne sont jamais bien loin… Dans “Back In LA”, Blues écrit par Miossec ou dans la seule véritable ballade de l’album, “Pardonne-moi”, le parallèle avec ces hommes est saisissant.

Arrêtons-nous sur la voix de notre “Jojo national”. La maladie semble être absente de l’album final. Le mixage opéré par Maxim Nucci et les choix qui ont été faits par certains des acteurs de Mon Pays c’est l’Amour y sont forcément pour quelque chose (Thierry Chassagne (président-directeur général de la filiale française de Warner), Bertrand Lamblot (qui officie pour Johnny depuis les années 90) et Sébastien Farran). Le chant de Johnny ne semble pas souffrir d’une post-production trop invasive. Nucci est presque un alchimiste. Il connaissait Johnny. On sent le respect mutuel entre les deux hommes à travers ce disque. Maxim a laissé Johnny avec son timbre naturel et a articulé un mix qui se veut réaliste, traduisant les fêlures de son organe. Remarquons tout de même que Johnny avait une voix immense, frissonnante et que travailler avec telle matière relève d’un privilège pour les producteurs.

Johnny n’est jamais déprimant, jamais morbide même. Dans l’opus, nous partageons avec lui des pans de vie et d’existence. Il parle de la prison dans “4 m²” et du photographe William Eggleston dans le titre “L’Amérique de William”. Tout est question de Blues et de souvenirs….

Digne d’intérêt, la participation à l’album de Boris Lanneau. Boris est un… Fan de l’artiste. Il avait transmis ses paroles aux personnes travaillant avec Johnny en 2015 lors d’un passage de Jean-Philippe Smet en concert à Lille. Quelle histoire. L’étape ultime dans le parcours du fan : se retrouver sur l’album de son idole… Un conte de fées moderne et Rock’n’Roll.

La pochette de l’album.

Lorsqu’il évoque Johnny, Yodelice raconte comment il était difficile de terminer l’album surtout lors des dernières sessions de travail tant le septuagénaire tenait la baraque : “Il nous a beaucoup préservé, il était classe, grand, élégant, il ne s’est jamais plaint de quoi que ce soit. Johnny avait envie de repartir sur scène et de refaire des stades. Il voulait des choses très orchestrées, épiques. On a d’ailleurs établi avec lui l’ordre des chansons comme une setlist de concert.”

Ce genre de déclaration faite, nous comprenons la complexité du travail qu’ont dû fournir Nucci et les personnes satellites au projet. Il fallait être à la hauteur. Le challenge semble avoir été relevé dignement.

Outre les événements liés à la sortie de l’album comme par exemple sa diffusion dans des cinémas et l’ouverture de certains magasins à partir de minuit dans la nuit de sa mise en vente, il y a aussi les chiffres potentiels espérés (800 000 exemplaires mis en vente). Pour l’industrie du disque, et même s’il s’agira d’un phénomène, le cru 2018 en France sera forcément porté par cette sortie. Ce Johnny sera évidemment sous le sapin de Noël. L’album pourrait être disque de platine dès les premières heures du jour. Du jamais vu d’autant plus qu’il n’y a pas de single prévu comme nous l’avons précisé. Oublions aussi les histoires entre Laeticia qu’il convient d’appeler Smet désormais et la famille.

Retenons la musique qui a été soignée. L’album est un bon album de Rock où l’entrée et la sortie ont été savamment calculées. Intelligemment ouvert comme c’était toujours le cas chez Monsieur Hallyday… Souvenez-vous de l’arrivée en hélicoptère, de la montée sur scène dans un poing géant ou bien encore de ces concerts commencés au guidon d’une moto durant lesquels il ne suffisait que d’une étincelle, d’un rien, d’un geste pour…

Mon Pays c’est l’Amour se termine sur un titre dans lequel Hallyday tire le rideau d’une manière bouleversante avec ces paroles : “J’aurais voulu rester pour le pire, le meilleur mais je ne suis qu’un homme”. La sortie est une fois de plus très impressionnante, d’une lucidité lumineuse. Le sentiment qui nous habite est celui d’un dialogue entre l’idole des jeunes, le diable et nous. 11 chansons dont un interlude instrumental pour faire le bilan et se rappeler à quel point des gens comme Johnny Hallyday incarnaient la vie dans ce qu’elle a de plus intense et de passionné.

À bientôt sur RefrainS.

C.

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Published in Articles Chroniques

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